Hossegor

Hossegor and me by Eric Lartigau

Producer of "La Famille Bélier" (2014), "Les Infidèles" (section Lolita) 2012), "L'homme qui voulait vivre sa vie" (2010)…

Hossegor et une image, un souvenir, une rencontre ?

Hossegor est compliqué en sélection pour une image, et même une rencontre, un sentiment. Car tout cela est multiple, libre. Hossegor est tellement plus. toujours plus. Forcément aussi, puisque j’y ai vécu toutes mes vacances depuis ma naissance. Toutes les étapes d’une vie jusqu’à aujourd’hui. C’est riche. Ca foisonne. L’image de la forêt que j’arpentais avec un de mes vélos que j’avais récupéré et rafistolé avec mes potes dans la décharge municipale de Soorts. Une sorte de cimetière objets à ciel ouvert, à l’époque où ma mère allait aussi chercher ses galets d’argile pour ses pansements à venir, c’est vous dire. Punaise ça a bien changé aujourd’hui nos décharges…

La forêt en vélo, à tombeau ouvert des yeux d’un ado. Le défilement des fougères, avec l’impitoyable et infinie jungle de pins. Un bout de ciel bleu ou orageux par moments, une moto qui m’accompagnait. Sur le siège arrière j’étais maintenant avec une gauloise sans filtre au bec. La liberté.

En revenant en arrière, Michèle notre cousine qui nous amenait dans sa 4L à la mer tous les soirs. Pluie, beau temps, tempête… c’était magique. Les plus beaux orages de ma vie sont à Hossegor. Ils sont magiques, déchirants, éclatants. Un moment suspendu.
Les rayons de l’écrasante chaleur au lac, au club Donald. Mr et Mme Darouzey étaient nos champions et nos tortionnaires. A l’eau quoiqu’il arrive. Je détestais le froid. J'avais tout le temps froid dès qu il s'agissait du contact d’un élément de moins de 25°. L’eau mon ennemi, qui grâce à Jacques Darrouzey est devenu un allié. C’est fort de faire rendre possible, "un élément " dans la vue d’un enfant. La découverte des éléments.

La route du “Paris” à Soorts centre. Cette route parcourue vraiment par tous les temps, mais surtout la nuit. Il est minuit 32. A minuit nous sommes rentrés au cinéma du Rex avec mes potes, pour la séance de “La nuit des morts vivants”. Ils ont tous un paquet de chips cahouètes et autres dans les poches. 15 minutes après le début de cette séance, mon corps m’a interdit de rester dans ce lieu. Je suis sorti sous les rires de dizaines de bouches surréalistes, alors que je tente avec vivacité de trouver en rampant la sortie du dit établissement. Ma mobylette Ciao flambant neuve d’occasion enfourchée, je fonce tête baissée jusqu’à Soorts. Détail pas idiot en passant, il n’y avait que très très très peu de luminaires à l’époque sur cette route dite du cimetière.. quand le premier soubresaut est arrivé sur mon ciao, je n’ai pu croire et pourtant constater par dépis que la panne sèche était d’actualité. J’ai donc fini les 3 derniers kms en pédalant comme un dératé au milieu de la chaussée, suivant avec unique confiance les lignes centrales discontinues de la marée chaussée. Quelle belle invention. Les pins devenaient des individus, forcément morts vivants…. je me suis régalé. Voilà Hossegor a été ça aussi. La découverte de la peur.

La découverte des vagues, par les potes surfeurs de mes soeurs. J’ai adoré, essayé aussi. Et surtout régalé, quand sur la planche empruntée, je m’agrippais au leash d’un pote pour passer la compliquée barre, mort de rire. Mais quand même la classe, ou peut être chance du débutant, mais à la deuxième vague, je me suis levé. Et là… la découverte d’une nouvelle gravité.

Les balades clopées à côté de la magnifique Sabine, qui venait d’avoir son permis au volant de la Talbot de son père. Chantal, nouvelle découverte . Retour en arrière, Marie-France et moi médecin en herbe lui faisant des cataplasmes de fougères . Découverte.

Le partage d’anecdotes et de fous rires dans les dunes avec tous mes potes, Stan Smith au pied et sweat, voire pull alors qu’il faisait 40°. Jamais on allait à l’eau. Qu’est ce que c’est con un ado… J’adore.

Les soirées plus tard arrosées... Le lendemain dans le bain salvateur de l’océan. Le plus bel océan du monde. Rapport au fait que c’est reparti 4 secondes après dans votre cerveau. Vous redevenez propre. Mieux qu’une pub de lessive. Jamais tu trouves ça ailleurs. Une plage de dizaines de kilomètres d’affilées, et une ambiance différente tous les 200 mètres. Un autre lieu. Génial. Découverte de l’espace.

La richesse des rencontres à tous les ages. J’ai eu beaucoup de chance. De ma voisine Marie France à toutes les autres rencontrées jusqu’aujourd’hui. Jérome mon champion, peu importe les prénoms…

Moi qui jamais n’aurait pu croire que le golf d’Hossegor est un des plus beaux golfs que j’ai eu le plaisir d’observer. La première fois c’était sur ma mobylette Ciao citée au-dessus. Avec mes potes on venait piquer des balles. En fait on ne l’a fait que deux fois car les instances nous ont rapidement mis devant la réalité. On était des voleurs. La deuxième, plus glamour on va dire, avec Stéphane qui m’a invité à jouer, quelques 20 années plus tard. Wouah la vision de ce lieu. La folie de la nature mêlée à l’intelligence d’un architecte de golf. Jamais je n'aurais pu croire çela. Même perdre une balle et rentrer dans les bas fonds des sous bois est unique. C’est juste magnifique. L’humus est terrible. La découverte inattendue.

Voilà en fait cette ville m’a aidé à devenir plus attentif. C’est un objet unique, varié et riche. Une sensation en tous cas pour moi heureuse.

Sa biographie

Eric Lartigau débute dans la mise en scène par la voie de l'assistanat, auprès d'Edouard Molinaro, Diane Kurys ou encore Emir Kusturica. Par la suite, il s'oriente vers le petit écran, réalisant de nombreuses séquences des Guignols de l'info, quelques publicités mais aussi une saison entière de la série H.


En 2001, Dominique Farrugia le recommande auprès des deux comiques Kad et Olivier, qui cherchent un réalisateur pour une déclinaison cinématographique de leurs sketchs à succès Bullit et Riper. En 2002, Eric Lartigau réalise ainsi son premier long métrage, le pastiche de film policier Mais, qui a tué Pamela Rose ? et retrouve le tandem comique pour son film suivant, Un ticket pour l'espace, sorti en 2006. La même année, c'est avec une autre grande figure de Canal +, Alain Chabat - à la fois producteur et acteur - que le cinéaste réalise Prête-moi ta main, une comédie romantique à l'humour trash et décalé avec l'ex-nul en célibataire endurci face à Charlotte Gainsbourg en épouse idéale.


Eric Lartigau change de genre quatre ans plus tard avec L'Homme qui voulait vivre sa vie, un drame centré sur Romain Duris dans le rôle d'un avocat mal dans sa peau qui fuit sa vie à Paris après avoir accidentellement tué l'amant de sa femme. En 2012, il rejoint la bande de Jean Dujardin et Gilles Lellouche pour Les Infidèles, réalisant l’un des sketchs de cette fable sur l’infidélité masculine. Le metteur en scène revient au registre de la comédie en 2014, avec La Famille Bélier qui met en scène Karin Viard et François Damiens, agriculteurs sourds, confrontés au départ de leur fille qui se lance dans la chanson.